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Interview du Docteur Caroline Verlinde, coordinatrice de l'organisme "Huis voor Gezondheid"
Quelle fonction exercez-vous à la "Huis voor Gezondheid "(HvG, Maison de la santé) ?
Caroline Verlinde: je coordonne le tout et j’assure la supervision. Je suis aussi responsable de la politique du personnel, des finances et des contacts avec les pouvoirs publics. J’élabore les projets en concertation avec notre équipe de collaborateurs.
Quelle est l’idée sous-jacente à la Huis voor Gezondheid ?
C.V.: en 2006, le ministre flamand compétent pour Bruxelles a constaté que de nombreuses organisations néerlandophones s’occupaient de soins à Bruxelles et que les patients et les utilisateurs, mais aussi les prestataires de soins, ne savaient pas toujours très bien qui faisait quoi. Il fallait aussi déterminer les besoins du secteur. Le ministre a donc décidé de lancer le projet « Coordination des soins de santé à Bruxelles » dans le but d’inventorier l’offre et les besoins et de vérifier s’il n’y avait pas des lacunes du côté du gouvernement et de communiquer avec ce dernier. Quelques années plus tard, on a décidé de regrouper les différentes organisations au sein d’une grande structure faîtière. C’est ainsi qu’est née la Huis Voor Gezondheid (Maison de la santé), qui se compose de deux asbl qui fesait précédemment partie de celle-ci, à savoir, «Pro Medicis Brussel» (PMB) et «Zorgnet» (Réseau de soins), ainsi que d’autres projets dans le cadre de la «Coordination des soins de santé à Bruxelles», du projet H-Team et de la base de données «Zorgzoeker» (Répertoire de soins). D’autre part, la Huis voor Gezondheid est soutenue par le Brusselse Huisartsenkring (BHAK, Cercle des généralistes bruxellois), le Brussels Overleg Thuiszorg (BOT, Concertation bruxelloise des soins à domicile) et l’association de médecins «Het Doktersgild Van Helmont». Malheureusement, ces organismes ne peuvent être incorporés dans la Huis voor Gezondheid pour des raisons légales, à cause du caractère de leur organisme ou parce qu’ils défendent des intérêts. C’est par exemple aussi le cas des cercles de généralistes qui ne peuvent être intégrés dans d’autres structures parce qu’ils doivent continuer à défendre les intérêts de leurs membres.
La Huis voor Gezondheid est donc une organisation faîtière ?
C.V.: la Huis voor Gezondheid est un centre d’expertise consacré à l’offre de soins néerlandophones, qui recouvrent tant les soins de première ligne que les soins de seconde ligne. C’est un vaste projet, mais malheureusement, nous ne pouvons satisfaire tous les besoins. Nous voulons surtout utiliser l’expertise qui existe déjà sur le terrain, rendre l’offre plus visible et augmenter le nombre de projets communs.
Quel soutien et quels services la Huis voor Gezondheid offre-t-elle ?
C.V.: notre mission consiste à soutenir les prestataires de soins et leurs organisations dans la Région de Bruxelles-Capitale. Nous collaborons aussi étroitement avec la périphérie bruxelloise. Nous nous adressons principalement aux prestataires de soins bruxellois et à leurs organisations, afin d’améliorer la coordination des soins pour les patients bruxellois, en particulier les néerlandophones. Nous ne nous adressons pas exclusivement aux néerlandophones, loin s’en faut. Nous tenons aussi compte du contexte bruxellois, du bilinguisme légal et d’autres facteurs tels que le multiculturalisme et la pauvreté à Bruxelles. Nous ne fonctionnons pas en vase clos, au contraire !
Que faites-vous concrètement ?
C.V.: nous travaillons autour de plusieurs domaines spécifiques. Le premier angle d’approche est le « travail en réseau », c’est-à-dire que nous aidons les prestataires de soins existants à faire connaître leur offre et nous les orientons de manière ciblée. Nous organisons à cet effet des ateliers thématiques, des débats et des réunions afin de les informer, en veillant à ce qu’ils aient l’occasion et le temps de faire connaissance avant et après la réunion. La deuxième perspective concerne les « soins multidisciplinaires » ; en effet, les soins prodigués aux patients et les pathologies se complexifient constamment, car les patients ont souvent plusieurs affections combinées. Il n’est plus possible aux patients de se faire soigner par un seul prestataire de soins ; actuellement, plusieurs professionnels de la santé sont impliqués dans leur traitement. Nous développons toutes sortes d’instruments, des parcours et des trajets de soins afin de bien coordonner l'activité du soignant et de faciliter la communication entre les soignants à domicile et les soignants de seconde ligne. Le troisième angle d’approche est l’accès aux soins. Il peut être interprété de diverses manières. Il y a d’une part l’accès des patients néerlandophones aux soins néerlandophones, qui sont bien inventoriés par notre base de données Zorgzoeker. Nous permettons ainsi aux patients d’accéder aux soins néerlandophones. D’autre part, l’accès vise aussi l’accès financier aux soins ou l’accès de nos soins à d’autres cultures. Nous nous efforçons donc d’expliquer le fonctionnement de nos soins de santé aux personnes issues d’autres cultures. Par exemple, les personnes originaires d’Afrique centrale ne savent pas que les généralistes travaillent en cabinet et qu’il n’est donc pas nécessaire de se rendre directement aux urgences. C’est d’ailleurs un problème général à Bruxelles. Notre tâche consiste à familiariser les personnes avec les soins à domicile et les soins de seconde ligne, et c’est donc là un de nos principaux domaines d’activités.
Quelle est la vision d’avenir de la Huis voor Gezondheid ?
C.V.: il y a beaucoup de projets en chantier. Je n’ai pas encore mentionné notre dernière action concernant le projet « Zorg om talent » (Soucions-nous des talents), qui vise à attirer de nouveaux prestataires de soins néerlandophones à Bruxelles et à retenir ceux qui s’y trouvent déjà. Nous voulons faire en sorte que les professionnels de la santé (généralistes, kinés et infirmières, …) puissent continuer à exercer plus longtemps leur métier. Nous avons ainsi constaté que beaucoup de prestataires de soins cessent leurs activités cinq ans après s’être lancés. Nous voulons qu’ils se sentent bien dans leur métier et nous cherchons à les mettre en contact avec des confrères qui souhaiteraient collaborer avec eux, ouvrir un cabinet ou venir travailler à Bruxelles, ou encore qui recherchent activement à s’adjoindre un collègue supplémentaire. Le secteur hospitalier est déjà bien connu. Les hôpitaux disposent souvent d’un site web sur lequel les professionnels peuvent consulter les offres d’emploi. Dans le secteur des soins à domicile, c’est un peu plus difficile. Un généraliste recherche généralement un confrère dans son secteur, mais il n’a pas l’occasion de le faire savoir ailleurs. Nous jouons donc le rôle d’intermédiaire.
Quels projets (pilotes) ont été lancés depuis la création de la Huis voor Gezondheid ?
C.V.: le projet «H-Team», lancé en 2008 suite à des témoignanges de soignants en hôpitaux bruxellois, a pour but d'amener les étudiants à choisir les métiers de soins. Notre intention est de l’étendre aux infirmières du secteur des soins à domicile. C’est en fait la première action de notre projet «Zorg om talent», qui vise à rendre le secteur de la santé attrayant et à attirer les étudiants en besoin de stage dans les hôpitaux bruxellois. Le but est aussi de chouchouter un peu les stagiaires qui viennent travailler dans les établissements bruxellois en veillant à ce que leur stage se passe bien. En effet, le stage joue souvent un rôle déterminant dans le choix du futur emploi. Aussi avons-nous élaboré un dossier d’information détaillé pour les étudiants qui effectuent leur stage à Bruxelles, pour qu’ils ne se sentent pas perdus dans notre ville. Nous prenons aussi contact personnellement avec eux, nous organisons des activités à leur intention et nous leur offrons un accompagnement sur mesure.
Pouvez-vous nous en dire plus sur la plate-forme électronique Zorgzoeker, créée en 2008 ?
C.V.: «Zorgzoeker» est une base de données portant, d’une part, sur l’offre de santé et, d’autre part, sur les prestataires de soins individuels. Zorgzoeker adapte en fait les informations de la carte sociale, dans laquelle toute l’offre du secteur de l’aide sociale est reprise et géré par le BWR, le Conseil bruxellois néerlandophone de l’aide sociale et de la santé. Le BWR a abattu un travail de titan pour traduire tout un pan de la carte sociale en fonction des besoins des patients. Par exemple, lorsque l’on effectue une recherche sur le thème «personnes âgée » dans la base de données, on y retrouve les aspects liés aux soins et au logement – tout ce dont un senior peut avoir besoin, donc : maisons de repos, service-flats, habitat kangourou mais aussi aide aux familles ou repas à domicile. En ce qui concerne les prestataires de soins, ce sont actuellement les soins de première ligne (les médecins, kinés, les psychologues, les logopèdes, les diététiciens, …) qui sont encore principalement néerlandophones, mais ils peuvent aussi être francophones, pourvu qu’ils parlent suffisamment le néerlandais pour pouvoir aider un patient néerlandophone. Nous essayons vraiment de raisonner du point de vue du patient. Nous avons même renouvelé complètement l’offre en l’étendant à l’offre de la périphérie bruxelloise et à la carte sociale du Brabant flamand. Les informations de la base de données ne sont publiées qu’avec l’accord des intéressés. Curieusement, seul un prestataire de soins sur trois l’accepte, ce qui fait que la base de données ne couvre pas encore la totalité de l’offre, loin s’en faut. Il en va de même de Bruxelles, d’ailleurs. Il se peut très bien qu’un prestataire de soins donné ne s’y trouve pas parce qu’il n’a pas donné son accord. Cette année, nous avons aussi voulu intégrer les soins de seconde ligne (hôpitaux et spécialistes travaillent en milieu hospitalier) dans Zorgzoeker. C’est très délicat, car de nombreux hôpitaux ne souhaitent pas communiquer les noms de leurs médecins néerlandophones. Nous avons reçu des listes de médecins néerlandophones de la part d’hôpitaux, mais tant que nous n’avons pas l’autorisation formelle de la direction, nous ne les publions pas. Les prestataires de soins peuvent le faire en s’inscrivant de leur propre initiative dans Zorgzoeker. Nous voudrions les inscrire en grand nombre, par service ou par hôpital, mais la direction doit naturellement donner son autorisation pour cela.
Comptez-vous poursuivre le développement de Zorgzoeker ?
C.V.: en ce moment, notre intention est d’y intégrer les soins de seconde ligne. Ce projet devrait être réalisé l’année prochaine. Il faut dire que la Flandre s’intéresse beaucoup à la méthode suivie par Zorgzoeker. Les CELLS – les initiatives de coopération des soins de première ligne – ont reçu pour mission de cartographier l’offre de soins de leur région à partir de cette année. Or, c’est précisément ce que Zorgzoeker fait. La question est donc déjà réglée en ce qui concerne Bruxelles. La Flandre et les différentes initiatives flamandes de coopération en matière de soins de santé de première ligne (les SEL) se demandent encore comment procéder. Zorgzoeker est une des solutions possibles. Il est donc tout à fait possible que la méthode de travail de Zorgzoeker soit aussi suivie dans d’autres régions flamandes, éventuellement sous un autre nom.
Nous vous remercions de cette interview captivante et nous vous souhaitons bonne continuation.
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