
Accompagner sans normaliser
La première intervention choisie est celle de la Bruxelloise Flora Arrabito, cofondatrice de l’asbl Neuro Divergent Brain Intelligences (NDBI), directrice de projets, consultante en neurodiversité, coach en neurosciences, ainsi que créatrice et organisatrice de l’Opération « Chaussettes Bleues ». D’entrée de jeu, elle déclare :
Pour nous, NDBI, l’autisme n’est pas à corriger ou à ramener à la norme. C’est simplement un fonctionnement neurobiologique différent qui traite les informations selon un autre codage. Lors du suivi des enfants, on tente de se baser sur les forces plutôt que sur les faiblesses ; de se focaliser sur la singularité de chacun.e. »
Pour parler de la spécificité du cerveau autistique, Flora donne l’exemple d’une voiture manuelle – en miroir avec la voiture automatique des neurotypiques. La personne autiste doit envisager toutes les manœuvres, toutes les routes possibles, toutes les autres possibilités que la voiture (transports en commun ?) pour arriver à un point précis. C’est à cause de toutes ces informations et de toutes ces autoroutes dans sa tête que la personne autiste peut mettre plus de temps à répondre ou à réagir. Parce que quelque chose d’immédiat et d’automatique pour les uns est autrement plus complexe pour les autres.
« Ce que les allistes ne voient pas »
Il s’agit ici de comprendre le vécu intérieur derrière les comportements autistiques, grâce à l’intervention de Valérie Jessica Laporte, connue au Canada sous le nom de Bleuet atypique.
Elle montre comment un comportement perçu comme de la rigidité, de l’opposition, de l’impolitesse ou un manque de maîtrise peut en réalité répondre à une surcharge sensorielle, un besoin de repères, une peur, une difficulté à traiter plusieurs informations simultanément ou simplement une tentative de se réguler », lit-on sur le site du Sommet.
Par des exemples repris de sa propre vie, au sport ou lors de ses interactions sociales, Valérie essaie d’expliquer ce qui se passe réellement pour la personne autiste. Ou, en d’autres termes, ce que les allistes (personnes qui ne présentent pas d’autisme) ne voient pas. Elle évoque ainsi cette difficulté à fonctionner sous la pression ou encore à faire face aux imprévus. Les réactions peuvent être de la colère, des cris, des répétitions de mots, des pleurs… Dans certains contextes, une rigidité apparente ou un excès de contrôle servent simplement à éviter de déclencher des crises, alors que les autres peuvent voir cela comme de la prétention.
De l’alimentation aux sensations
Le troisième jour du Sommet portait sur : « Habiter son corps : sensorialité, santé et quotidien ». Deux interventions nous ont interpellés ; l’une sur l’alimentation et l’autre sur les vêtements et le toucher. Pour ce dernier point, c’est la créatrice de vêtements inclusifs « Super Spectre » et maman du petit Tommy qui a pris la parole. Faye Mc Dermott n’a pas eu d’autre choix que de créer elle-même cet outil d’apaisement pour son fils et tous les autres enfants qui ne supportent pas les coutures, les points de pression autour de la taille, les matières désagréables… Avant même le diagnostic de Tommy, la marque était lancée. C’est avec les multiples retours de parents d’enfants autistes que Faye a compris que son fils était également sur le spectre.
L’intervention de Julie Simermann, diététicienne pour les personnes autistes, a mis en lumière certains traits communs par rapport à l’alimentation. La notion de « sensorialité sélective », par exemple, vient d’une différence dans la façon dont le cerveau traite les informations sensorielles perçues par la bouche, le nez, les yeux et les mains. Cela a donc un impact sur la façon de manger, comme le tri des aliments par couleurs, le rejet strict de certains ingrédients, la peur de vomir…
Un pack pour un accès à tout le contenu
Outre les quelques interventions mises en valeur, une trentaine d’autres étaient disponibles gratuitement durant la période du Sommet. Pour les visionner à nouveau ou pour y avoir accès de façon permanente, l’initiateur du projet demande une participation financière. Il estime que le prix de ce pack lui permet ensuite de proposer d’autres contenus et de faire avancer la connaissance autour de sujets aussi importants que celui de l’autisme. « Libre à chacun de me soutenir ou pas », indique-t-il sur son site : Sommet de l’Autisme 2026.
Sofia Douieb
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