Pour la première fois, une enquête révèle l’ampleur de l’inceste en Belgique

Une première enquête nationale menée auprès de plus de 2.000 adultes dresse un état des lieux inédit de l’inceste en Belgique. Selon les résultats, 7 % des personnes interrogées déclarent avoir subi des violences incestueuses durant leur enfance, et 9 % lorsqu’on y ajoute les violences commises par des cousins ou cousines. Au-delà des chiffres, cette étude rappelle l’importance du repérage précoce, de la formation des professionnel.le.s et de l’accompagnement des enfants victimes.

Depuis plusieurs années, Hospichild s’intéresse aux initiatives qui contribuent à briser le silence autour de l’inceste. Nous vous parlions récemment de la pièce Canis Lupus d’Adeline Dieudonné, qui met en scène les souvenirs d’un jeune homme, abusé par son père quand il était enfant. Nous revenions également sur la projection au cinéma Palace du film Une famille consacré à cette thématique, suivie d’un échange avec des professionnel.le.s. Aujourd’hui, une nouvelle enquête apporte, pour la première fois, des données belges représentatives sur ce phénomène encore largement sous-estimé.

Un premier état des lieux national

Réalisée par Dedicated pour les associations Patouche et Ensemble contre l’Inceste, cette enquête a été menée auprès de 2.007 adultes belges entre le 10 et le 26 avril 2026. Jusqu’à présent, la Belgique ne disposait pas d’une enquête nationale sur l’inceste et les chiffres relayés provenaient principalement d’études françaises. Selon les résultats, 7 % des Belges déclarent avoir subi des actes d’inceste durant leur minorité, au regard de la définition actuelle du Code pénal belge. Celle-ci désigne les actes à caractère sexuel commis sur un.e mineur.e par un parent, un membre de la famille jusqu’au troisième degré ou une personne occupant une position similaire au sein de la famille. Lorsque l’on y ajoute les violences commises par des cousins ou cousines – une extension actuellement revendiquée par plusieurs associations –, la proportion atteint 9 % de la population.

La Belgique compte plus d’un million de victimes d’inceste, c’est-à-dire 9% de la population. Il s’agit d’un chiffre minimum, car le sondage n’inclut pas les victimes ne pouvant se déclarer comme telles : les personnes internées en psychiatrie, celles sans domicile fixe, les victimes qui se sont suicidées ou celles qui sont toujours sous amnésie traumatique ou dans le déni », précise le Collectif Ensemble contre l’Inceste au sein d’un communiqué de presse.

Consulter l’ensemble des résultats de l’étude 

Les femmes davantage concernées

L’enquête met en évidence des différences importantes selon le genre. Au regard de la définition actuelle, 10 % des femmes déclarent avoir été victimes d’inceste durant leur enfance, contre 4 % des hommes. En tenant compte également des violences commises par des cousins ou cousines, cette proportion atteint 12 % chez les femmes, contre 6 % chez les hommes. Les personnes âgées de 35 à 54 ans sont également plus nombreuses à rapporter de telles violences que les générations plus âgées.

L’étude montre également que l’inceste touche bien au-delà des seules victimes. Plus d’un quart des Belges (26 %) déclarent connaître au moins une personne ayant été victime d’inceste selon la définition actuelle. Lorsque les cousins et cousines sont également pris en compte, cette proportion atteint 29 %. Ces chiffres illustrent à quel point ces violences concernent l’ensemble de la société, même lorsqu’elles restent cachées.

NOUS NE POUVONS PLUS PRÉTENDRE NE PAS SAVOIR. Ces résultats imposent une réaction à la hauteur de l’ampleur du phénomène. L’inceste n’est pas une affaire privée : c’est une question majeure de santé publique, de protection de l’enfance et de droits humains. »  – Caroline Poiré, avocate, cabinet Defendere, Bruxelles

Enjeu majeur pour les professionnel.le.s de l’enfance

Les conséquences de l’inceste sur la santé physique et psychique peuvent être nombreuses et parfois peu spécifiques : troubles anxieux, difficultés de sommeil, douleurs inexpliquées, symptômes psychosomatiques, troubles alimentaires, difficultés scolaires ou encore changements de comportement. Les professionnel.le.s de la santé, de la petite enfance, du secteur psycho-social et de l’enseignement occupent donc une place essentielle dans le repérage précoce des situations à risque. Parce que la parole des enfants est souvent difficile à recueillir et que les révélations interviennent parfois plusieurs années après les faits, chaque consultation peut représenter une occasion d’identifier des signes d’alerte et d’orienter les familles vers des ressources spécialisées.

Prévention et formation

L’enquête révèle également un large consensus de la population en faveur d’un renforcement de la lutte contre l’inceste. Ainsi, 89 % des personnes interrogées se disent favorables à une formation obligatoire des professionnel.le.s (santé, enseignement, justice, secteur psycho-social…) afin de mieux repérer et accompagner les victimes.

Samira Bourhaba, psychologue au centre Kintsugi à Liège, s’exprime au sein du même communiqué de presse : « C’est pourquoi la formation ne doit pas se limiter au repérage des signes de souffrance ou aux techniques d’audition. Elle doit permettre aux professionnel.le.s de comprendre les mécanismes psychologiques, relationnels et systémiques propres à l’inceste, afin de résister aux phénomènes de minimisation, de déni ou de confusion qui accompagnent fréquemment ces situations. »

Par ailleurs :

  • 92 % souhaitent mieux protéger les professionnel.le.s qui signalent une suspicion d’inceste ;
  • 87 % soutiennent l’élargissement de la définition légale de l’inceste aux cousins, cousines et à certains membres de la belle-famille ;
  • 85 % sont favorables à des actions de prévention et d’information auprès des enfants et de leurs parents dès le plus jeune âge.

Continuer à lever le tabou

Si les œuvres artistiques, les témoignages et les campagnes de sensibilisation contribuent progressivement à faire tomber le silence autour de l’inceste, cette première enquête nationale montre que le phénomène demeure une réalité préoccupante en Belgique. Pour les professionnel.le.s qui accompagnent des enfants et des adolescent.e.s, ces données rappellent combien il est essentiel d’être formé.e.s au repérage des violences intrafamiliales, d’accueillir la parole des jeunes victimes avec bienveillance et de connaître les ressources vers lesquelles les orienter. En donnant pour la première fois une photographie de l’ampleur du phénomène dans notre pays, cette enquête constitue également un outil précieux pour mieux comprendre cette réalité et renforcer les politiques de prévention, de protection et d’accompagnement des enfants victimes.

Les relais pour agir

Face à une situation de violence, il est essentiel de ne pas rester seul.e et de s’appuyer sur les dispositifs existants.

Pour toute victime
SOS Viol – 0800 98 100 (tchat et téléphone)
Brise le Silence asbl : 0488 800 626
Centres de Prise en charge des Violences Sexuelles : prise en charge en urgence
SOS Inceste – 02 646 60 73
Stop Violence Brussels
Collectif Patouche
Ensemble contre l’inceste

Enfants et professionnel.le.s du scolaire
Garance – programme « Enfants CAPables »

Besoin d’écoute ou d’orientation
Service d’Écoute et d’Orientation Spécialisé (SEOS) – 0800 200 99

Pour les mineur.e.s
SOS Enfants – CHU Saint-Pierre
SOS Enfants – Huderf
Maintenant j’en parle – tchat pour les jeunes

 

Sofia Douieb

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