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Les Câlineurs de bébés prennent soin des nouveau-nés prématurés depuis 2019

Le 21 janvier était la journée mondiale du câlin. Et quoi de mieux que de câliner des êtres fragiles et sensibles tels que les bébés (parfois prématurés) pour leur apporter bien-être et protection. Depuis 2019, l’association les Câlineurs de bébés en a fait son activité principale ; d’abord uniquement au sein de l’Hôpital des Enfants et ensuite également au sein d’autres hôpitaux bruxellois comme l’hôpital Delta. 

La mission des Câlineurs de bébés consiste à offrir réconfort et douceur aux nouveaux-nés hospitalisés lorsque leurs parents ne peuvent pas être présents. Les bénévoles ne remplacent pas les proches, mais complètent et soutiennent la relation parent-enfant. Leur présence apaisante favorisent le bien-être des bébés. Cette initiative, axée sur la compassion et la solidarité, souligne l’importance de prendre en compte l’aspect émotionnel des patients en plus des soins médicaux, inspirant ainsi une culture de soins humains dans les hôpitaux où l’association est active.

Les débuts en 2019 à l’Hôpital des Enfants

L’association a commencé à câliner les bébés de l’Hôpital des enfants en mars 2019. Un groupe Facebook privé, lancé dans la foulée, a rassemblé près de 850 membres (pour près de 5.000 followers aujourd’hui) de toute la Belgique, témoignant leur intérêt pour le projet. Mélanie McCluskey, l’une des initiatrices, déclarait à l’époque : « Nous avons – enfin !- débuté en mars, à l’HUDERF (Hôpital Universitaire Des Enfants Reine Fabiola) à Bruxelles. Nous avons commencé par les soins intensifs des tout petits, puis nous avons suivi l’un d’eux à l’étage des revalidations pédiatriques et, à présent, nous sommes sur le point d’entrer dans l’unité néonatale (prématurés). L’accueil est incroyable autant par le personnel que par les parents et leurs bébés évidemment. Selon le personnel médical, les effets sur les bébés câlinés sont déjà visibles et très positifs. Quel encouragement pour nous ! » Les demandes de bénévolat étaient déjà nombreuses à ce moment-là et n’ont fait que croître ; à tel point que les Câlineurs de bébés ont décidé de ne plus autant communiquer sur l’association. Car le recrutement s’avère très sélectif, avec des conditions déontologiques, hygiéniques et psychologiques strictes.

Une belle ascension qui demande des fonds

Dès la fin de 2019, l’Hôpital Delta-Chirec a fait partie de l’aventure et d’autres hôpitaux devaient aussi y prendre part juste avant que la crise Covid interrompe les procédures. Ensuite, l’activité a repris de plus belle. Dans un rapport annuel de 2020, l’asbl déclarait : « Nous avons continué à chercher des fonds pour notre asbl (précisons en effet que nous avons jusqu’à présent fonctionné exclusivement avec des dons de particuliers et les cotisations des bénévoles) ; nous avons amélioré notre cadre de travail, améliorant et enrichissant en permanence nos relations de collaboration et de confiance, non seulement entre les membres de l’équipe mais aussi avec le personnel hospitalier. » Aux dernières nouvelles, publiées sur la page Facebook des Câlineurs, une recherche de fonds était encore au programme : « Notre association grandit et a besoin de fonds pour assurer notre logistique notamment, mais aussi nos formations. »  Enfin, sur le site de l’Huderf, une réaction de 2024 a été publiée pour la journée du câlin : « L’intervention des Câlineurs de Bébés s’avère cruciale lorsque les parents ne peuvent pas demeurer en permanence aux côtés de leurs bébés hospitalisés, souvent en raison de contraintes logistiques telles que la distance entre l’hôpital et le domicile ou la nécessité de prendre soin d’autres enfants à la maison. »

Des câlins pour améliorer le bien-être des bébés

Les recherches ont souligné les effets sédatifs des câlins, offrant un sentiment de bien-être aux tout-petits hospitalisés. L’association indique que la présence rassurante des Câlineurs permet aux enfants de s’évader de l’environnement hospitalier et de rejoindre un monde où ils peuvent s’épanouir. Sur le site web de l’association française Main dans la main, on peut lire : « Peu importe la gravité de leur pathologie ou leur âge, les enfants hospitalisés ont besoin de communiquer, de s’évader, de jouer et de rêver. » Bien entendu, les bénévoles en tirent également de la joie et du bien-être. C’est certainement l’une des raisons expliquant l’engouement important pour le projet des Câlineurs de bébés en Belgique.

 

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Handicap et sport : « Anneessens 25 », une association qui veille à l’inclusion des enfants autistes

Dans le cadre de la semaine des handicaps de la Ville de Bruxelles, Aquakids, un cours de natation inclusif organisé par l’asbl Anneessens 25, a ouvert ses portes au grand public. Pour l’occasion, Hospichild s’est rendu ce mercredi 29 novembre 2023 au bain de Bruxelles afin de découvrir tout le travail réalisé par cette association.

Petit bassin réservé pour l’occasion à l’activité Aquakids – Photo : Samuel Walheer

À Bruxelles, trouver une activité extrascolaire pour son enfant en situation d’handicap est une vraie difficulté pour beaucoup de parents. Heureusement, certaines associations existent comme « Anneessens 25 » qui organise chaque mercredi au bain de Bruxelles l’activité natation dénommée « Aquakids ». Durant deux heures, des professionnels de la discipline encadrent plusieurs groupes d’enfants. Parmi eux, certains, qualifiés d' »extraordinaires » de par leur handicap, sont inclus parmi les autres enfants afin de profiter d’un moment de détente et d’initiation à ce sport.

Inclure les enfants extraordinaires

Il semble important de rappeler que l’inclusion est définie par le Larousse comme « l’action d’intégrer une personne, un groupe, de mettre fin à leur exclusion (sociale, notamment)« . Le handicap, sous toutes ses formes, a historiquement été mal considéré, voire même rejeté par le grand public. Depuis quelques années, avec le soutien d’associations et des instances politiques, les regards évoluent et, à Bruxelles, certaines institutions se forment et s’unissent pour inclure les enfants ayant des retards mentaux au sein de leurs activités. À cet égard, Mustapha Rezki, responsable des activités Aquakids déclare : « Notre objectif est d’apprendre aux enfants à nager mais aussi de les sensibiliser à être entouré par d’autres enfants autistes, que cela devienne naturel. Nous voulons aussi donner l’accès à ces enfants autistes, que l’on appelle extraordinaires, à des sports parfois inaccessibles et les rendre démocratiques. »

« Ce qui me plait c’est que l’on respecte les besoins de ma fille »

L’action d’inclure une personne dans un groupe ne se fait vraisemblablement pas d’un coup de baguette magique. En effet, il faut que la personne concernée soit demandeuse – ou en tout cas ouverte à l’idée – et il semble donc nécessaire de choisir le bon moment. Pour l’asbl Anneessens 25, inclure les enfants atteint d’autisme aux activités hebdomadaires est devenu la norme et le retour de certains parents vont dans ce sens : « Cela fait quatre ans que ma fille participe à l’activité d’Aquakids et ce qui me plait c’est que l’on respecte les besoins de ma fille. Les moniteurs n’ont pas peur des enfants autistes verbaux ou non verbaux. Ils jouent avec ma fille, la stimule et s’en occupent très bien. Mais quand ils voient qu’elle commence à s’énerver, on lui laisse un peu d’espace et c’est très chouette car elle s’amuse et elle a confiance », déclare la maman d’une petite fille de 7 ans, autiste verbale.

Un moment de répit pour les familles

Trop peu considéré, le « répit » semble pourtant être plus que nécessaire pour beaucoup de familles. Qui plus est pour les parents d’enfants avec un handicap qui sont confrontés à un quotidien bien souvent surchargé, pris dans un rouage, ne trouvant plus de moments pour eux. Pour bénéficier de ce changement d’air, certains ont trouvé refuge dans leur travail, durant les vacances, les temps scolaire ou les activités extrascolaires. À cet effet, M.Rezki ajoute : « Pour moi, mes héros ce sont ces mamans d’enfants avec un handicap  qui, tous les jours, les accompagnent aux activités et viennent les récupérer. Lorsqu’elles déposent leur enfant à l’activité, cela leur permet de vivre un vrai moment de répit, de prendre du temps pour elles durant une heure. »

Dans la piscine, le handicap disparaît

Durant l’activité natation d’Aquakids, un élément saute aux yeux : dans la piscine, le handicap n’est pas visible. En effet, certains s’amusent à nager sous l’eau, à attraper des anneaux lancés par les maîtres-nageurs, d’autres apprennent à nager. Ce qui est certain, c’est qu’ils profitent, enfants ordinaires et extraordinaires confondus, d’un moment que l’on pourrait qualifié de thérapeutique. L’équipe semble bien connaître son public et les enfants évoluent dans un cadre historique. Inauguré en 1953, le bâtiment des bains publics se situent dans le quartier des Marolles. Il est composé de cinq niveaux dont deux bassins et des bains-douches publics qui servent notamment à accueillir une population précarisée, n’ayant pas d’autres accès à des sanitaires. Au fil des années, la visée sociale semble vraisemblablement perdurer dans ce bâtiment atypique et ce n’est pas pour rien si des projets d’inclusion sociale continuent de voir le jour, à l’instar d’Aquakids par l’asbl Anneessens 25.

Anneessens 25, plus qu’un club de sport

Créé en 1980 par Philipe Heymans, prêtre de l’église Saint-Antoine, le projet sportif est, au départ, centré uniquement sur le futsal (football en salle). Après s’être développé en asbl, en 2010, les activités se sont diversifiées pour toucher un plus large public. La natation, le jiu-jitsu ou encore le hockey se sont ainsi ajoutés au programme. Les activités comme l’Aquakids étaient initialement réservées aux enfants dits « ordinaires ». Suite à l’intérêt grandissant des parents, l’asbl a ouvert son offre pour accueillir et inclure d’autres enfants avec un handicap mental. Mustapha Rezki, responsable des activités d’Aquakids précise : « Dès la deuxième année du lancement de l’activité natation, certains parents sont venus nous voir pour nous demander si les enfants atteint d’autisme pouvaient y participer. Moi à la base je suis de formation éducateur spécialisé et cela m’a touché sachant les difficultés pour ces parents à avoir accès à ce genre d’activités, c’est pas facile et très coûteux. »

La semaine des handicaps, c’est quoi ?

Pour célébrer la journée mondiale des personnes handicapées du 3 décembre, la Ville de Bruxelles organise une semaine un peu spéciale appelée la semaine des handicaps. Celle-ci a lieu, comme son nom l’indique, durant une semaine, voire un peu plus. Du 24 novembre au 3 décembre 2023, différentes organisations culturelles comme Bozar, le Cinéma Palace ou encore le Théâtre Royal mais aussi un réseau d’associations actives dans le milieu du handicap ont décidé de devenir partenaire de la Semaine. En plus de permettre aux personnes en situation d’handicap d’accéder aux différentes activités proposées, il s’agit aussi de sensibiliser le grand public à l’accessibilité des lieux publics pour tous.

Texte et photo : Samuel Walheer

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25 balais pour Le Pont des Arts : « Il fallait marquer le coup ! »

Le Pont des Arts, troupe d’artistes se produisant au chevet des enfants hospitalisés, existe depuis 25 ans. Pour marquer le coup et davantage se faire connaître du grand public et des professionnels, ils ont organisé, le 8 novembre dernier, une belle fête d’anniversaire au théâtre Marni à Bruxelles. Au programme : crêpes, atelier de création de badges, spectacles, discours, soupe, DJ, etc. Hospichild y était pour vous.                    

« On n’a pas tous les jours 25 ans, il fallait bien marquer le coup ! », déclare Fabienne, chargée de récolte de fonds ou, comme ses collègues aiment à l’appeler, « chercheuse d’or » au Pont des Arts. Dans la salle, les invités sont déjà nombreux à faire la file pour les crêpes. Maxime, le jongleur de la troupe, fait virevolter ses quilles au dessus de la tête des enfants, subjugués. Certains d’entre eux enchaînent directement avec l’atelier de création de badges personnalisés. Aux murs, une exposition de peinture a été installée par Véro, l’artiste plasticienne du Pont des Arts. Ces petites peintures délicates aux tons pastel ont été réalisées par les enfants hospitalisés dans un des cinq hôpitaux partenaires au sein desquels les artistes se produisent de façon hebdomadaire. Très vite, l’attention des convives se déplace vers la scène principale : le premier spectacle va commencer !

 

Montrer sur scène l’intimité des chambres d’hôpitaux

En guise de premier spectacle ou de « cabaret », trois artistes du Pont des Arts se sont succédé sur la scène. Gauvain le conteur, Margarita la danseuse et Régine la chanteuse voulaient donner au public un aperçu de leur métier au pied des lits des patients hospitalisés. L’espace de quelques minutes, ils sont sortis de l’intimité des chambres d’hôpitaux pour livrer au public les quelques paroles, notes de musique ou pas de danse qu’ils consacrent habituellement aux patients. « Ce sont souvent des moments magiques d’échanges humains et artistiques », précise Gauvain après avoir conté une captivante histoire japonaise. Régine quant à elle, entre deux chansons, insiste sur les bienfaits de ces moments de musique pour les personnes âgées, les enfants ou même les bébés prématurés.

Charlotte, marionnettiste pour le Pont des Arts et (en deuxième plan) Régine, la chanteuse de la troupe

Julie Demeyer, nouvelle marraine

Julie Demeyer, présentatrice chez RTL, nouvelle marraine du Pont des Arts

Après une pause permettant à de nouveaux convives de rejoindre la fête, l’heure des discours et des remerciement a sonné. Fabienne commence par rappeler ce qu’est le Pont des Arts. En quelques chiffres : 3.000 patients bénéficient des visites de six artistes chaque année ; cinq hôpitaux sont partenaires, ainsi que deux centres pour personnes de grande dépendance (ex : Villa Indigo) ; une nouvelle marraine de marque vient de rejoindre l’aventure… Elle s’appelle Julie Demeyer, présentatrice pour RTL, notamment de l’émission « Les petits patients » qui s’est immiscée plusieurs semaines au sein d’un service pédiatrique. Présente lors de l’événement du Pont des Arts, elle raconte sur scène son expérience personnelle de la grande prématurité et les bienfaits manifestes de la visite des artistes au chevet de ses propres enfants Gaspard et Achille. Enfin, d’autres discours plus institutionnels ont lieu, comme ceux de deux membres de la COCOF ; conseillère aux affaires sociales d’une part et conseillère de la Culture d’autre part. Leurs services soutiennent financièrement les activités du Pont des Arts depuis de nombreuses années.

Programmer un spectacle, une des multiples façons de soutenir le Pont des Arts 

Place ensuite au deuxième spectacle de l’après-midi. Nommé « Croké-là », il s’agit d’une courte représentation jeune-public de musique, chant et théâtre d’objets créée et interprétée par Régine Galle et Nico Castiaux, deux membres du Pont des Arts. Le pitch : « Deux chanteurs-musiciens fricassent librement différents classiques dans une langue inventée. Un pique-nique musical avec comme partenaires : quatre tasses, deux cuillères, une théière, deux pinces à thé, deux fouets ménagers, et des coupes à champagne… » 

Nico Castiaux et Régine Galle dans le spectacle « Croké-là »

 

Ce spectacle, tout comme les trois autres créés par la troupe, est généralement joué pour les enfants hospitalisés, mais est également disponible à la diffusion pour tout événement, lieu ou organisation intéressée. D’ailleurs, il s’agit-là d’une des multiples façons de soutenir financièrement l’association. Car le Pont des Arts a besoin de sous pour fonctionner. D’autres actions sont donc également les bienvenues : acheter le livre « Le Cirque du Vent », organiser une collecte de fonds, devenir ambassadeur, diffuser le film « La vie est là », faire « le don de l’art », etc.

Texte et photos : Sofia Douieb

Vers le site web du Pont des Arts 

Soutenir la compagnie 

 

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Sortie littéraire : « Les Dragons » redonne de l’humanité aux ados en souffrance

Parmi le flot des livres de la rentrée littéraire, il y en un, bien de chez nous, qui aborde la thématique des adolescent.e.s en souffrance : « Les Dragons » de Jérôme Colin. Et c’est une vraie pépite, authentique, poignante, qu’il faudrait mettre de toute urgence entre les mains des parents, des accompagnants et de tous les « dragons », ces jeunes, de plus en plus nombreux, en difficulté psychique.  

« Les gamins souffrent de plus en plus. Il va falloir s’en inquiéter. La pandémie a laissé des traces. Pour ceux qui étaient déjà dans une forme de retrait social, tout s’est effondré. Ils se sont désinvestis de tout et sont aujourd’hui incapables de se raccrocher. Ils ne veulent plus sortir de chez eux. C’est un cercle vicieux que nous devons briser car la vie sans les autres est mortifère. (…) On a des gamins qui font des tentatives de suicide à treize ans, des cas d’anorexie graves chez des jeunes filles de douze ans. On ne voyait pas ça avant ou de manière exceptionnelle. Les phobies scolaires explosent… »  Cet extrait du roman très poétique de Jérôme Colin, journaliste et auteur bruxellois, souligne l’ampleur du problème et la nécessité de ne pas se taire face à toutes ces souffrances.

« Le monde, en réalité, est peuplé de dragons »

Dans ce récit qu’on pourrait penser autobiographique – mais qui ne l’est pas – l’auteur, qui était lui aussi un jeune en colère et révolté, veut véhiculer un message principal : « Le monde, en réalité, est peuplé de dragons ». Il entend par là que les adolescent.e.s en difficulté psychique, qui sont quelques fois contraint.e.s de fréquenter des centres de soins, sont plus légion qu’on ne le croit. Il veut donner espoir aux jeunes et les inciter à ne pas rester seuls et à ne pas perdre espoir. Il écrit : « Il faut raconter pour que ces enfants sachent que leur mal-être n’est pas une fatalité. Que l’avenir est chargé de promesses. Qu’un jour, l’autre apparaît et bouleverse tout. »

Jérôme et Colette, les voix de tous ces jeunes en souffrance

Jérôme Colin, le présentateur de « Hep Taxi », donne vie, dans son troisième roman, à deux personnages poignants : Jérôme et Colette. Le premier a 15 ans, en colère contre ses parents, violent, en décrochage scolaire, qui n’a plus le goût à rien. La deuxième a 18 ans, est anorexique et vient de se taillader les poignets (jonchés d’écailles de dragon). Ils se rencontrent dans la maison d’ados « Horizon + » qui est « un centre psychiatrique proposant des soins pour adolescents de 13 à 18 ans et dont l’objectif est de répondre à tout type de crise et de problèmes psychiques. » Il a un coup de foudre, mais elle ne pense qu’à une seule chose : mourir. Jérôme veut la sauver et partir avec elle pour vivre dans « une petite maison avec des tas de fenêtres ». La réalité est autrement plus sombre et il devra s’y faire. Mais quoi qu’il en soit, cette rencontre va bouleverser sa vie et lui donner la force de se battre. 

Il suffit parfois d’un déclic, d’une personne, d’un livre… pour que tout change

Au sein du récit, Jérôme pensait que tout était vain et perdu d’avance, mais son séjour dans cette maison d’ados va tout changer. Et pas que grâce à Colette. En effet, plusieurs déclencheurs vont en quelque sorte le sauver. Il y a d’abord la rencontre avec le psychologue qui, pour une fois, ne l’a pas pris pas pour un idiot et a su poser les bons mots : « C’est normal que vous vous retranchiez dans vos chambres parce que c’est ce que fait le monde. Il se recroqueville. Et il a tort. (…) Il faut arrêter de toute urgence de dire aux gens ‘pensez à vous !’. Il faut leur dire ‘Comment pouvons-nous nous rencontrer ?’ (…) L’échange est la seule voie possible vers la réparation. » Et puis, il y a eu l’atelier d’écriture où il s’est découvert le talent de raconter : « Ne vous inquiétez pas pour l’orthographe ou la grammaire. On a le droit de faire des fautes. On n’a pas le droit de taire ce qui est en nous. » Et enfin, un livre en particulier l’a bouleversé, « Des souris et des hommes » de John Steinbeck, dont il a retenu quelques phrases clé : « Quand l’incroyable viendrait enfin à advenir »  ; « La force est d’aimer le faible » ; « Ce qui compte, c’est parler. C’est être avec un autre. Voilà tout. »

Sofia Douieb

→ « Les Dragons » est disponible dans toutes les librairies.

↓ Une des interviews de Jérôme Colin sur son livre « Les Dragons »

 

 

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Portes ouvertes de la Villa Indigo, « un deuxième chez soi » pour les enfants gravement malades

Fin mai, la Villa Indigo, maison de répit pour enfants gravement malades, avec ou sans handicap, a ouvert ses portes pendant une journée aux professionnels de la santé. Hospichild, impliqué depuis le début dans la mise sur pied (en 2010) de ce lieu inédit à Bruxelles, était bien évidemment présent pour visiter une nouvelle fois les locaux et se mettre au courant des nouvelles initiatives.   

Jean-Michel Bernard, directeur de la Villa Indigo depuis 2020

Devant cette immense bâtisse située dans un quartier reculé d’Evere, le directeur des lieux depuis 2020, Jean-Michel Bernard, attendait les quelques professionnels de la santé venus pour l’occasion. Il commença la visite, tout en expliquant le but et le bien-fondé incontestable d’une telle maison à Bruxelles. Comme on peut lire dans le prospectus qu’il nous distribua : « La Villa Indigo est une maison de répit qui accueille des enfants gravement malades dans un cadre convivial et chaleureux, tout en assurant des soins de qualité. Elle a été créée afin de soutenir les familles d’enfants malades en leur offrant la possibilité de souffler et de se reposer pendant quelques jours. Un moment pour s’occuper de soi, vivre à un autre rythme ou pour offrir un peu plus d’espace à la fratrie. »

10 chambres avec vue sur jardin

Premier arrêt dans les chambres « où le wifi ne capte pas bien », destinées aux enfants plus petits ou plus dépendants. Certaines des cinq chambres de cette aile de la maison (il y en a 10 au total) sont munies de lits médicalisés et d’autres de lits avec de hautes parois – appelés lits cabanes. Toutes ont une vue sur un coin de verdure et étaient baignées d’une lumière chaleureuse lors de notre visite. Deux nouvelles chambres sont en projet afin de pouvoir accueillir encore plus d’enfants.« Afin de permettre à chaque famille de profiter de la Villa Indigo, les séjours sont limités à sept jours d’alés et pour un maximum 32 jours au cours d’une année, précise le directeur entre deux pas de portes. Si la maison est archi complète les week-ends, les jours fériés ou les vacances, ce n’est pas encore le cas durant la semaine. Pour continuer à recevoir l’entièreté de nos subsides, il faudrait pourtant que l’occupation en période scolaire augmente même si ce n’est pas la période préférée des familles ! »

  

  

Prise en charge comme à la maison

« Pour le prix, c’est actuellement 6,76 euros par jour en fonction de la couverture de la mutualité ; rendant le séjour accessible à un maximum de familles concernées », souligne Jean-Michel Bernard en se dirigeant vers les salles communes. Tout le long du couloir, il ouvrit des portes successivement : une salle de bain de détente avec baignoire adaptée et une ambiance tamisée ; une salle de loisirs avec une télévision, des jeux de société et des livres ; un local de massothérapie (les massages sont prodigués presque une fois par semaine par Fanny Clacus de la Casa Clara) ; un local infirmier ; un espace snoezelen (espace aménagé et propice aux expériences sensorielles et corporelles) ; un jacuzzi ; etc.

 

Équipe pluri-disciplinaire composée d’une vingtaine de professionnels

Dans la grande pièce de vie, les enfants mangeaient le repas du midi autour de plusieurs tables, assistés par des accompagnants. L’environnement est coloré et agréable, la cuisine est ouverte sur la pièce de vie. Une petite fille en chaise roulante voulut connaître nos prénoms et riait de bon cœur. Une des éducatrices nous expliqua la composition du personnel présents 24h sur 24 et 7 jours sur 7 dans la Villa (en alternance évidemment). L’équipe est pluri-disciplinaire et composée d’une vingtaine de professionnels, bénévoles et stagiaires. Il y a donc des infirmières, une pédiatre, des puéricultrices, des psychologues, des animateurs / éducateurs spécialisés, un cuisinier et du personnel administratif (dont le directeur qui est resté avec nous tout le long de la visite).

 

Le jardin et ses multiples aménagements

Fin de la visite dans le beau et grand jardin muni de multiples aménagements tels qu’une plaine de jeux, une allée de plantes, une cabane de jardinage, un espace repas, un coin détente, etc. La Villa accueille également certains enfants uniquement en journée. « Depuis 2010, nous avons ouvert nos portes à des centaines de familles. Les demandes de séjours augmentent de jour en jour et chaque semaine, de nouvelles familles viennent visiter la maison dans l’espoir de pouvoir y bénéficier d’un moment de répit de qualité ! » conclut Jean-Michel Bernard en nous ouvrant le portique vers la sortie.

→ Contacter la Villa Indigo au 02 205 09 00 ou via leur nouveau site web villaindigo.be

 

Photos et texte : Sofia Douieb

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